Regard sur l'Europe

Les dangers de la concentration:

TOTALFINA ET ELF TROP FORTS EN FRANCE POUR L’UNION EUROPÉENNE

La Commission européenne a estimé que la reprise d’Elf-Aquitaine par TotalFina entraînera des positions dominantes sur les principaux marchés de distribution de carburants en France.

Bruxelles a donc décidé d’ouvrir une enquête approfondie de quatre mois pour donner aux deux groupes pétroliers français la possibilité de réduire leur présence sur le marché français de la distribution des produits pétroliers.

La menace des autorités européennes de concurrence est claire: faute de prendre des mesures concrètes de désengagement sur le marché français de la distribution des carburants, la Commission ne sera pas en mesure de donner son "feu vert" à la concentration des deux principaux groupes pétroliers français.

Selon la Commission, la fusion des deux grandes sociétés soulève des doutes sérieux quant à sa compatibilité avec les règles européennes de concurrence.

Bruxelles interdit également à Elf et Total toute mesure de mise en œuvre de la fusion durant l’enquête, ce qui signifie que les deux groupes perdent quatre mois.

Le diagnostic des experts européens est sévère: l’opération dominante en France sur le marché de la vente en gros de carburants (essences, carburant diesel, gaz de pétrole liquéfié, huile de chauffage), la vente au détail de carburants sur autoroutes, la production et la vente de gaz de pétrole liquéfié (GPL) et l’approvisionnement en carburéacteurs des aéroports français de Toulouse (sud-ouest) et de Lyon (centre-est).

Selon la Commission, sur le marché de la vente en gros de carburants, la nouvelle entité contrôlerait plus de la moitié de la capacité de raffinage en France de carburants ainsi que plus de la moitié de la capacité de stockage et de transports par oléoducs des produits pétroliers.

Elle pourrait donc contrôler dans une large mesure l’accès des revendeurs indépendants à ces produits et restreindre fortement leurs possibilités d’importer, ce qui aura un effet négatif sur le niveau des prix.

Le nouvel ensemble représentera près de 60% du volume de carburants vendu sur les autoroutes françaises à péage. Le rapprochement entre Elf et TotalFina pourrait, selon la Commission, réduire la concurrence sur ce marché captif aux dépens des automobilistes français et des automobilistes des autres pays membres de l’Union européenne qui empruntent les réseaux autoroutiers français.

La présence sur l’intégralité du réseau des deux opérateurs les met en position de surveiller les autres concurrents présents sur le marché et d’orchestrer notamment des augmentations de prix collectives. Toute augmentation de la part de marché de TotalFina, qui détient déjà près de 40% des ventes sur autoroutes, pourrait aggraver les conditions de concurrence, note la Commission.

TotalFina et Elf contrôleront également plus de la moitié de la production française de GPL (Gaz de pétrolier liquéfié), ainsi que la grande majorité des sites de stockage permettant l’importation et des centres emplisseurs de bouteilles.

(…)

Selon les experts, Elf et TotalFina devront, dans les prochains mois, faire des propositions concrètes et précises pour persuader la Commission qu’ils ne veulent pas contrôler le marché français de la distribution de carburants.

Source: Combustibles et Carburant, No. 251, Paris, Octobre 1999

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