Huile de chauffage: La France et… le doux hiver
Cet hiver 97/98 demeurera l'un des plus doux que nous ayons connu. Ceci n'a rien de subjectif, les chiffres sont là pour le confirmer.
La conséquence de cette douceur, c'est la baisse des volumes de fioul de 27,6% en janvier et de le 11,2% en année mobile: février 97 - février 98, sachant que ces chiffres nationaux doivent être pondérés régionalement.
Un hiver très doux, c'est mauvais pour les finances. Pas obligatoirement, car, si les volumes sont au plus bas, les prix aussi et le fioul que nous vendions plus de 2,40F le litre au début 97, est descendu à 2,10F ces derniers jours.
Conséquence directe: le consommateur accueille la baisse avec satisfaction, la pression sur les marges est moins forte et nos entreprises grappillent quelques centimes. Moins de volume, mais un plus de marge, il n'y pas compensation mais consolation.
Il semblerait que l'intelligence du marché ait prévalu sur la concurrence sauvage et que, même les Grandes Enseignes de la distribution se soient préoccupées de rentabilité.
Il demeure, que chacun mesure aussi les résultats de son entreprise en termes de volumes et accepte difficilement de les voir reculer. Curieusement, on pourra connaître les négociants plus satisfaits avec des volumes plus forts et des résultats faibles qu'avec des volumes réduits et des résultats en hausse.
Mais cet hiver trop doux liasse émerger chez les indépendants d'autres inquiétudes latentes que favorise un relatif désœuvrement auquel il faut bien essayer de donner des réponses sous peine de laisser place libre à de vieux fantasmes.
Depuis 1985, le nombre des indépendants s'est considérablement réduit au profit des filiales des raffineurs, chaque marque souhaitant s'assurer un débouché "garantit" auprès des consommateurs. Ceci s'est fait progressivement, pour ne pas dire naturellement, par rachat de fonds de commerce ou de clientèle. Ce transfert s'est effectué majoritairement vers les filiales.
Ce qui inquiète aujourd'hui, tient aux concentrations importantes entamées par les filiales des marques alors que le paysage semblait stabilisé.
Le rapprochement B.P. Mobil a donné naissance à une seule entité B.P. Fioul Services, Shell Direct se substitue aux filiales existantes, et si rien ne perce sur les intentions de Elf ou de Total on imagine difficilement qu'ils se tiennent à l'écart du mouvement.
Ces changements ont pour conséquences d'éloigner les centres de décisions et de pousser vers la sortie nombre de responsables de filiales connus et appréciés sur le terrain.
Bref, face à cette course au gigantisme le "petit" négociant se sent encore plus petit.
Avec le printemps nous entrons dans un cycle de prix du fioul bas qui devrait se prolonger. Nous devrions, sans donner notre chemise, profiter de cet énorme atout dont nous disposons face aux énergies concurrentes.
Sur la durée, le fioul reste le chauffage le plus économique: nos clients commencent à la savoir, à nous de les conserver. C'est maintenant qu'ils pensent à la modernisation de leur chauffage, c'est maintenant que nous devons être encore meilleurs qu'en hiver.
L'hiver on distribue du fioul, l'été on consolide.
Source: Combustibles et carburants. Paris, Janvier-Février 1998.