Carbure
reproduit le texte signé par la P.D. G. de l’AQUIP qui fut récemment transmis
aux grands médias du Québec et publié dans le journal Le Droit d’Ottawa le 20
août dernier.
PRIX DE
L'ESSENCE :
QUE SE PASSE-T-IL?
Par Sonia Marcotte MA
Économiste et présidente-directrice générale de l’Association Québécoise des Indépendants du Pétrole.
Comment expliquer les hausses successives du prix de l’essence tant décriées par les automobilistes ? Ces questions légitimes réclament une réponse factuelle permettant d’expliquer précisément ce qui provoque les hausses du prix de l’essence. Un regard rétrospectif permet de comprendre pourquoi nous en sommes rendus à payer plus de 1$ par litre d’essence.
Au mois de février 1999, le consommateur montréalais déboursait autour
de 50¢ pour se procurer un litre d’essence.
À cette époque, les raffineries de Montréal devaient débourser 11,1¢
pour acquérir un litre de pétrole brut.
Elles exigeaient une marge de raffinage de 3,5¢ avant d’offrir leur
essence en vente aux rampes de chargement.
Toujours en février 1999, la marge du détaillant s’établissait à
Montréal à 4,3¢ le litre. Cette marge
ne
permettait même pas de couvrir l’ensemble des coûts d’exploitation d’une
essencerie efficace.
Voyons maintenant comment la situation a évoluée. Les plus récentes données disponibles
révèlent que, pour le mois de juillet dernier, les raffineries de Montréal
déboursaient 45.8¢ pour obtenir un litre de pétrole brut. Elles exigeaient alors une marge de raffinage
de 9,6¢ par litre, soit une augmentation de 174% en regard de la situation de
février 1999. Toujours en juillet, la
marge du détaillant s’établissait à 3,3¢, comparativement à 4,3¢ par litre en février
1999. Depuis, les prix à la pompe
continuent d’atteindre des sommets.
Comme on peut le constater, les augmentations spectaculaires originent
de la progression conjuguée du prix du brut et des marges de raffinage.
Pétrole
brut
Il est évident que l’augmentation des prix du pétrole brut découle de la
politique de production contrôlée adoptée par les 11 pays producteurs et
exportateurs qui composent l’OPEP. À eux
seuls, ils contrôlent plus de 40% de la production mondiale de pétrole brut et
détiennent 77% des réserves mondiales. À
titre comparatif, l’Europe et les États-Unis ne détiennent respectivement que
7,4 et 2,7% des réserves mondiales répertoriées en 1996. Les pays de l’OPEP ont donc la possibilité de
créer une rareté artificielle qui fait monter les prix du pétrole brut. C’est ce à quoi ils se livrent depuis
plusieurs années.
Il ne faudrait toutefois pas penser que les grandes compagnies
pétrolières sont victimes de cette situation.
La plupart d’entre elles ont des activités liées à la prospection, à
l’extraction et à la vente du pétrole brut.
Elles profitent donc largement des augmentations de prix du pétrole brut
et en tirent des bénéfices immenses.
D’ailleurs, dans un article de la Presse canadienne publié le 21 avril
2000, le président du conseil et chef de la direction de la Pétrolière
Impériale Esso, monsieur Bob Peterson, attribuait les profits exceptionnels de
la compagnie à la montée des prix du pétrole brut ainsi qu’à l’amélioration des
marges bénéficiaires dans le raffinage. Cinq
ans plus tard, il peut toujours glousser de satisfaction.
Les importantes augmentations de profits dans le secteur du raffinage ne sont pas apparues par hasard. Elles sont le fruit d’une stratégie minutieuse qui a simplement consisté à diminuer graduellement la concurrence et à créer une rareté artificielle qui fait bondir les prix des carburants ; qu’on en juge. Aux Etats-Unis, au début des années 1980, 189 firmes possédaient un total de 324 raffineries alors que, en 2001, il n'y avait plus que 65 firmes possédant 155 raffineries. Cela représente une diminution de 65% du nombre de firmes et de 52% du nombre de raffineries sur le territoire des États-Unis. Au surplus, les 15 plus importantes firmes contrôlent à elles seules 79,3% de la production. On constate maintenant à quel point cette gigantesque opération de concentration du secteur du raffinage a lourdement frappé les consommateurs et enrichi les plus grandes pétrolières. En pareilles circonstances, il n’est pas étonnant de lire les propos du Président du Conseil et Président-directeur général de Valero, en outre propriétaire d'Ultramar. Depuis 2000, de rapport annuel en rapport annuel, il ne se gène nullement pour répéter que cette diminution des capacités de raffinage majore ses marges de profit; bien plus, il ne voit pas le jour où cela pourrait changer !
C’est dire comment les consommateurs sont maintenant captifs de cette stratégie de concentration des activités de raffinage.
Le graphique intitulé « Composantes du prix de l’essence à la pompe à Montréal en 1999-2005 » illustre clairement les facteurs qui ont influencé la hausse du prix de l’essence. Un seul coup d’œil nous révèle que les détaillants n’ont nullement abusé de la situation; leurs marges sont même en diminution. Pour leur part, les raffineurs ont majoré leurs marges de façon significative. Les pays et les multinationales du pétrole qui œuvrent dans le secteur du pétrole brut ont évidemment été à l’origine du principal facteur d’augmentation des prix de l’essence.
Quant aux automobilistes,
ils sont captifs des cartels et
oligopoles pétroliers et en paient le prix.
Août 2005