Regard sur les États-Unis

Éditorial du Business Week

L’important magazine économique américain Business week publiait, le 28 février dernier, un éditorial sur l’état du marché pétrolier. Les lecteurs de Carbure apprécieront cette intéressante analyse.

BRISER L’ÉTAU DES CARTELS DU PÉTROLE

Qui est responsable? Quand vient le temps d’identifier les fautifs responsables des augmentations des prix du pétrole, qui sont passés de 10$ le baril en 1998 à 30$ actuellement, il y a plein de blâmes à attribuer. Mais peut-être ne sont-ils pas dirigés aux bons endroits.

L’Agence Internationale de l’Énergie nous précise que, à la fin décembre, les stocks de pétrole étaient les plus bas de la décennie. Aujourd’hui, la demande mondiale excède l’offre d’environ un million de barils par jour, provoquant une augmentation des prix. À l’approche de la saison estivale, le pétrole pourrait atteindre 35$ le baril et l’essence2$ le gallon aux Etats-Unis.

Malgré leur réputation de prodigalité énergétique, les Etats-Unis utilisent maintenant l’énergie plus efficacement. En 1981, les dépenses d’énergie représentaient 8,5% du produit intérieur brut. Aujourd’hui, cette proportion ayant été ramenée à 3%, elle n’est pas plus élevée qu’en Europe et au Japon. Même les véhicules fonctionnant au carburol (mélange de carburant de substitution et d’essence) enregistrent un meilleur millage que les automobiles des années 70.

Ce qui est vraiment troublant, c’est la concentration grandissante qui peut en partie provoquer la montée des prix du pétrole. La récente vague de fusions dans le secteur de l’énergie a contribué aux réductions de capacité de production et aux stratégies de bas inventaires; ces choix ne permettent de répondre qu’aux besoins immédiats, dans le but de diminuer les coûts. Avec des volumes réduits de pétrole circulant dans les pipelines et moins de compagnies pour se faire concurrence, l’industrie a été moins bien outillée pour affronter les soubresauts du marché. En raison de la rareté qui est apparue dans plusieurs régions, les prix de l’huile de chauffage des citoyens du nord-est ont doublé au cours de l’hiver. La Commission fédérale du Commerce (Federal Trade Commission) a finalement adopté une position plus dure en rejetant la fusion BP Amoco-Arco. Mais c’est très peu, très tard.

Le cartel de l’OPEP est tout aussi inquiétant. Dans une économie concurrentielle ouverte et globale, cette situation n’a tout simplement pas de place légitime. L’OPEP fut tolérée par l’Ouest durant la guerre froide, elle était alors considérée comme un outil géopolitique. L’Arabie Saoudite et les États du Golf écartaient le communisme et garantissaient des livraisons régulières de pétrole vers les Etats-Unis, bien que les prix furent élevés. Aujourd’hui, ils prétendent maintenir sous contrôle le radicalisme islamique. Peut-être cela est-il vrai. Mais le communisme n’est plus et la motivation géopolitique qui permettait de tolérer un cartel est disparue.

Washington devrait travailler à briser ce cartel pétrolier et à permettre au libre marché de fonctionner. Une première étape consisterait à modifier le rôle de la Réserve Stratégique de Pétrole qui est un réservoir utilisé en cas d’urgence pour protéger la sécurité nationale; ce réservoir pourrait être activement utilisé pour neutraliser l’OPEP. Augmentons en le volume et utilisons le. En attendant que les modifications législatives requises ne soient adoptées, le Ministère de l’Énergie devrait entreprendre des pourparlers avec les compagnies pétrolières afin qu’un million de barils viennent s’ajouter aux quantités disponibles sur le marché; cela aidera à diminuer les prix. Les E-U devraient aussi faire pression sur le Mexique pour qu’il augmente sa production et cesse la collusion qu’il pratique avec l’OPEP. La Commission Fédérale du Commerce (FTC), quant à elle, devrait revoir les récentes fusions dans le secteur pétrolier pour évaluer si la concentration n’est pas rendue trop loin. Les cartels et les monopoles n’ont aucun rôle à jouer dans un 21ième siècle caractérisé par l’économie globale. Point final.

Source : Business Week, 28 février 2000.