Regard sur les Etats-Unis:

Irak / États-Unis: Géopolitique à saveur pétrolière

Il semble de plus en plus clair que le pétrole soit au centre du conflit opposant les Etats-Unis et l'Irak.

Le grand quotidien parisien Le Monde s'est intéressé à cette question et a récemment publié un article qui jette un éclairage lucide sur les enjeux géopolitiques liés au conflit américano-irakien. Carbure vous en livre des extraits.

Le Monde rappelle que le pays de Saddam Hussein détient la deuxième plus importante réserve mondiale après l'Arabie saoudite. Or, cela ne peut qu'intéresser les Etats-Unis. "L'Irak est un pays incontournable pour toute société pétrolière normalement constituée". Ce constat fait par le stratège d'une grande compagnie européenne résume la partie industrielle planétaire qui se joue en coulisses, pendant qu'au Conseil de sécurité des Nations Unies les diplomates tentent de bâtir un cadre juridique pour mettre le régime irakien hors d'état de nuire.

112 milliards de barils de réserves prouvées ; 11 % des réserves mondiales, la deuxième du monde après celle de l'Arabie saoudite. À cela s'ajouteraient, selon les spécialistes, 220 milliards de barils de ressources probables et peut-être plus puisque son territoire est relativement inexploré en raison des années de guerre... L'Irak intéresse depuis longtemps les majors pétrolières de tous les pays du monde, et notamment américaines.

Le président et le vice-président américains, George W. Bush et Dick Cheney, tous deux issus de l'industrie pétrolière et qui ont conservé de nombreux liens avec ce puissant lobby, savent ce que pourrait représenter une mainmise américaine sur les gisements irakiens. Ils savent également que l'augmentation de la consommation de carburants aux Etats-Unis, combinée à une baisse de production intérieure, les rend de plus en plus dépendants de leurs importations de pétrole. Si l'on ajoute que le premier fournisseur des Etats-Unis est aujourd'hui l'Arabie saoudite, avec laquelle les relations se sont distendues depuis le 11 septembre, tous les ingrédients sont là pour faire du pétrole un enjeu central d'une guerre contre l'Irak.

Exploiter l'or noir irakien est un objectif que poursuivent les pétroliers du monde entier depuis longtemps. Le nouvel eldorado d'Asie centrale n'y change rien pour une raison simple : "le coût de production d'un baril de la mer Caspienne oscille entre 7 et 8 dollars, le brut irakien coule pour environ 70 cents", explique un expert. L'intérêt des compagnies pétrolières pour le sous-sol irakien n'a donc aucune raison de faiblir.

Le Monde révèle aussi que les grandes manoeuvres ont commencé. Ainsi, pour former une coalition la plus solide possible, l'administration américaine a évoqué cet enjeu avec certains pays membres du Conseil de sécurité des Nations Unies. L'ancien directeur de la CIA, James Woosley, conseil de British Airways et défenseur d'une action contre Saddam Hussein, a traduit ces tractations de façon moins diplomatique. Disons carrément à la France et à la Russie, soutenez-nous et nous vous serons reconnaissants lorsque l'heure du partage aura sonné, a-t-il déclaré en substance.

Le secrétaire américain à l'énergie, Spencer Abraham, l'a rappelé en inaugurant le début de la construction de l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan qui permettra de livrer le pétrole de la mer Caspienne via la Géorgie jusqu'aux côtes turques et d'approvisionner le reste du monde. "La politique énergétique définie par le président Bush exige que les Etats-Unis soutiennent l'augmentation de la production énergétique dans le monde entier. C'est fondamental pour l'Amérique", a-t-il déclaré. Après la guerre du Golfe, les Etats-Unis avaient raflé la majeure partie des contrats de reconstruction du Koweït. Ils espèrent renouveler l'exploit en Irak, au profit des compagnies américaines, conclut la journaliste du Monde Babette Stern.

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