ANALYSE FINANCIÈRE DES QUATRE GRANDES PÉTROLIÈRES INTÉGRÉES OPÉRANT AU QUÉBEC :
PROVENANCE ET UTILISATION DE LEURS BÉNÉFICES
POUR LA PÉRIODE DE HUIT ANS
ALLANT DE 1990 À 1997
Léo-Paul Lauzon, M.B.A., Ph. D., C.A., C.M.A.
Titulaire de la Chaire d’études socio-économiques
et professeur au département des sciences comptables à l’Université du Québec à Montréal
Michel Bernard, M.B.A., M.A. (philosophie), C.M.A.
Professeur associé à la Chaire d’études socio-économiques
et professeur au département des sciences comptables de l’Université du Québec à Montréal
JUIN 1998
TABLE DES MATIÈRES
*LISTE DES TABLEAUX
*1. INTRODUCTION
*2. FAITS SAILLANTS GLOBAUX
*2.1 BÉNÉFICE NET
*2.2 BÉNÉFICE D’EXPLOITATION - PRODUITS PÉTROLIERS
*2.3 DIVIDENDES ET RACHATS D’ACTIONS GLOBAUX
*2.4 DIVIDENDES ET RACHATS D’ACTIONS VERSÉS À L’ÉTRANGER
*2.5 POURCENTAGE DE L’ACTIONNARIAT DÉTENU À L’ÉTRANGER
*2.6 INVESTISSEMENTS NETS
*2.7 STATIONS SERVICE
*2.8 EMPLOYÉS
*3. COMPAGNIE PÉTROLIÈRE IMPÉRIALE LTÉE (ESSO)
*3.1 La compagnie
*3.2 Dividendes versés et rachats d’actions
*3.3 Résultats d’exploitation
*3.4 Immobilisations
*3.5 Encaisse et dette à long terme
*3.6 Employés
*3.7 Stations service
*3.8 Actionnaires
*3.9 Faits saillants
*4. SHELL CANADA LIMITÉE
*4.1 La compagnie
*4.2 Dividendes versés et rachats d’actions
*4.3 Résultats d’exploitation
*4.4 Immobilisations
*4.5 Encaisse et dette à long terme
*4.6 Employés
*4.7 Stations service
*4.8 Actionnaires
*4.9 Faits saillants
*5. ULTRAMAR DIAMOND SHAMROCK
*5.1 La compagnie
*5.2 Résultats d’exploitation globaux
*5.3 Résultats d’exploitation sectoriels
*5.4 Dividendes
*5.5 Charge d’intérêts, dette à long terme et immobilisations
*5.6 Faits saillants
*6. PETRO-CANADA
*6.1 La compagnie
*6.2 La "décanadianisation" de Petro-Canada
*6.3 Résultats d’exploitation globaux
*6.4 Résultats d’exploitation sectoriels
*6.5 Dividendes
*6.6 Impôts sur le revenu
*6.7 Employés
*6.8 Stations service
*6.9 Faits saillants
*7. CONCLUSION
*
SECTION 3
L’IMPÉRIALE ESSO : RÉSULTATS FINANCIERS ANNUELS 22
L’IMPÉRIALE ESSO : RÉSULTATS FINANCIERS ANNUELS 23
SECTION 4
SHELL : RÉSULTATS FINANCIERS ANNUELS 31
SHELL : RÉSULTATS FINANCIERS ANNUELS 32
SECTION 5
ULTRAMAR DIAMOND SHAMROCK : RÉSULTATS FINANCIERS ANNUELS 41
ULTRAMAR DIAMOND SHAMROCK : RÉSULTATS FINANCIERS ANNUELS 42
ULTRAMAR DIAMOND SHAMROCK : RÉSULTATS FINANCIERS ANNUELS 43
ULTRAMAR DIAMOND SHAMROCK : RÉSULTATS FINANCIERS ANNUELS 44
ULTRAMAR DIAMOND SHAMROCK : RÉSULTATS FINANCIERS ANNUELS 45
SECTION 6
PETRO-CANADA : RÉSULTATS FINANCIERS ANNUELS 54
PETRO-CANADA : RÉSULTATS FINANCIERS ANNUELS 55
Au Québec, le marché de l’essence au détail est contrôlé à environ 75% par les quatre pétrolières suivantes : Impériale-Esso, Shell, Ultramar et Petro-Canada. Force est d’admettre que nous sommes bel et bien en présence d’un marché oligopolistique dominé par des géants avec tous les effets indésirables que nous devinons pour les régions, les consommateurs, les employés, les gouvernements et la collectivité toute entière.
De plus, les entreprises pétrolières dominantes ont des activités intégrées qui leur permettent de maintenir, pour de longues périodes de temps, des activités commerciales déficitaires liées à la vente au détail des carburants. Dans ces conditions, seules les entreprises intégrées pourront demeurer en selle, éliminant du marché des concurrents potentiellement plus efficaces qui ne peuvent assumer des situations de ventes à pertes. C’est cette caractéristique d’intégration qui donne au secteur pétrolier un caractère particulièrement dangereux pour le maintien de la libre concurrence.
La présente étude démontre clairement que les profits des entreprises intégrées leur permettent de s’adonner aisément aux ventes à pertes dans le secteur du détail. Leur structure financière leur laisse toute latitude pour essouffler les entreprises indépendantes de distribution et de vente au détail de produits pétroliers qui ne peuvent pas avoir accès aux très rentables activités liées au pétrole brut et à sa transformation.
Dans tous les pays et les secteurs d’activités où il y a eu et où il existe des oligopoles, toutes les parties prenantes y perdent au jeu, au manque de jeu devrions-nous plutôt dire. Ce fait est même largement documenté. Récemment encore, le premier ministre de l’Ontario, monsieur Mike Harris, a accusé l’industrie pétrolière de collusion. C’est pourquoi plusieurs États américains ont réglementé le marché de l’essence au détail dans le but de protéger les consommateurs devant une absence de concurrence réelle.
L’économie de marché est censée faire l’utilisation optimale des ressources dans un contexte où plusieurs entrepreneurs se livrent une véritable concurrence. Mais, quand un secteur est dominé par seulement une poignée d’agents économiques très puissants, les postulats de base du libéralisme économique ne tiennent plus. C’est à ce moment que l’État se doit d’intervenir pour corriger les lacunes de cette absence de compétition.
Au Québec, deux des trois principaux joueurs du marché de l’essence au détail sont des filiales de puissantes multinationales étrangères. Shell du Canada est une filiale du groupe Royal Dutch/Shell qui, en 1996, a réalisé des ventes de 180$ milliards (6ième au monde) et un bénéfice net de 12.5$ milliards (1er au monde). Quant à l’Impériale-Esso, elle est une filiale de l’américaine Exxon qui a réalisé des ventes de 167$ milliards en 1997 (8ième au monde) et un profit net de 10.5$ milliards (2ième au monde). En 1996, le produit intérieur brut du Québec fut de 175$ milliards. Chacune de ces deux multinationales est donc aussi grande que le Québec tout entier lorsque nous comparons leurs chiffres d’affaires annuels avec le produit intérieur brut de la province.
Ultramar Diamond Shamrock est une société américaine et Petro-Canada est de moins en moins canadienne. En effet, en 1996, la compagnie a procédé à une restructuration de son capital-actions afin d’ouvrir son actionnariat jusqu’à 50% à des intérêts étrangers. Avec le projet mis de côté de coentreprise avec Ultramar, Petro-Canada aurait détenu 51% des droits de vote et l’américaine Ultramar 49%, Petro-Canada se serait "décanadianisé" à un rythme encore plus grand, comme ce fut le cas pour le CN qui, comme Petro-Canada, fut jadis une société d’État fédérale et qui appartient aujourd’hui à plus de 60% à des intérêts étrangers.
Dans cette étude, nous observerons, à l’aide de données financières objectives issues des rapports annuels publiés par ces quatre entreprises, leurs profits réalisés ici au Canada et au Québec ainsi que l’utilisation qu’elles en ont faites. Nous étudierons aussi leur comportement en termes d’emplois, d’investissements et de fermetures de stations service. Cette étude constitue la deuxième que la Chaire d’études socio-économiques de l’UQAM a entrepris sur le secteur pétrolier. La première que nous avons réalisée, publiée au mois de septembre 1996, avait une portée beaucoup plus vaste. Elle s’intitulait "Le danger du laisser-faire dans le domaine de la distribution des produits pétroliers". Nous pouvons dire aujourd’hui, face à l’évolution du marché pétrolier du mois de septembre 1996 au mois de juin 1998, le danger du laisser-faire est encore plus grand et plus réel.
Cette présente étude, plus spécifique, démontrera l’importance de conserver au Québec un secteur privé national dans ce domaine économique aussi névralgique que l’importation et la distribution de produits pétroliers. Sinon, le Québec sera tributaire de puissantes firmes étrangères pour son approvisionnement en essence, un bien essentiel. Sans l’intervention de l’État québécois pour maintenir un certain seuil de concurrence, le Québec pourrait se retrouver sous la gouverne d’un oligopole bien structuré de quatre "majors" avec les conséquences désastreuses que nous pouvons escompter : pertes d’emplois, profits qui s’en vont à l’extérieur, impôts sur le revenu payés au gouvernement provincial considérablement réduits, fermetures de stations service en régions et prix de l’essence à la pompe pour le consommateur augmentant substantiellement, comme cela s’est vu ailleurs et ici dans le passé.
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|
|
4 dernières années |
||
|
1994-1997 |
1997 |
|
|
(En millions de dollars) |
||
|
Impériale-Esso |
2506 |
847 |
|
Shell Canada |
1961 |
523 |
|
Ultramar (Canada seulement)1 |
255 |
84 |
|
Sous-total des 3 étrangères |
4722 |
1454 |
|
Petro-Canada |
1011 |
306 |
|
|
||
|
Total des 4 majeures |
5733 |
1760 |
En 1997, chacune des quatre pétrolières majeures opérant au Québec a réalisé des profits nets records.
2.2 BÉNÉFICE D’EXPLOITATION - PRODUITS PÉTROLIERS
|
4 dernières années 1994-19971997 |
||
|
(En millions de dollars) |
||
|
1994-1997 |
1997 |
|
|
Impériale-Esso |
841 |
297 |
|
Shell Canada |
628 |
252 |
|
Ultramar (Canada seulement)2 |
517 |
167 |
|
Sous-total des 3 étrangères |
1986 |
716 |
|
Petro-Canada |
645 |
219 |
|
Total des 4 majeures |
2631 |
935 |
En 1997, chacune des quatre pétrolières majeures au Québec a réalisé des profits d’exploitation records au niveau de leur secteur d’aval, soit celui du raffinage et de la commercialisation de l’essence.
2.3 DIVIDENDES ET RACHATS D’ACTIONS GLOBAUX
|
4 dernières années |
||||
|
1994 - 1997 |
1997 |
|||
|
(En millions de dollars) |
||||
|
Montant |
% du bénéfice net |
Montant |
% du bénéfice net |
|
|
Dividendes et rachats d’actions globaux |
||||
|
Impériale - Esso |
4694 |
187% |
1037 |
122% |
|
Shell Canada |
1664 |
85% |
1182 |
226% |
|
Ultramar3 |
197 |
77% |
49 |
58% |
|
Sous-total des 3 étrangères |
6555 |
139% |
2268 |
156% |
|
Petro-Canada |
222 |
22% |
79 |
26% |
|
Total des 4 majeures |
6777 |
118% |
2347 |
133% |
Sur des profits nets de 1.5$ milliards réalisés au Canada en 1997 par les trois majeures étrangères, 2.3$ milliards ou 156% furent distribués à leurs actionnaires à titre de dividendes et de rachats d’actions. Au cours des quatre dernières années (1994-1997), sur des profits nets de 4.7$ milliards générés au Canada, les trois majeures étrangères ont versé à leurs actionnaires 6.6$ milliards ou 139% de leurs profits.
2.4 DIVIDENDES ET RACHATS D’ACTIONS VERSÉS À L’ÉTRANGER
|
4 dernières années |
||||
|
1994 - 1997 |
1997 |
|||
|
(En millions de dollars) |
||||
|
Montant |
% du bénéfice net |
Montant |
% du bénéfice net |
|
|
Dividendes et rachats d’actions versés à l’étranger |
||||
|
Impériale - Esso |
3823 |
153% |
849 |
100% |
|
Shell Canada |
1298 |
66% |
922 |
176% |
|
Ultramar4 |
197 |
77% |
49 |
58% |
|
Sous-total des 3 étrangères |
5318 |
113% |
1820 |
125% |
|
Petro-Canada |
43 |
4% |
16 |
5% |
|
Total des 4 majeures |
5361 |
94% |
1836 |
104% |
Sur des profits nets de 1.5$ milliards réalisés au Canada en 1997 par les trois majeures étrangères, 2.3$ milliards ou 156% furent distribués à leurs actionnaires à titre de dividendes et de rachats d’actions, dont 1.8$ milliards ou 125% à l’étranger. Au cours des quatre dernières années (1994-1997), sur des profits nets de 4.7$ milliards générés au Canada et au Québec, les trois firmes étrangères ont versé à leurs actionnaires 6.6$ milliards ou 139% de leurs profits dont 5.3$ milliards ou 113% à l’étranger.
2.5 POURCENTAGE DE L’ACTIONNARIAT DÉTENU À L’ÉTRANGER
Pourcentage de l’actionnariat détenu à l’étranger
|
31 décembre 1997 |
|
|
Impériale-Esso |
81.9% |
|
Shell du Canada5 |
78.0% |
|
Ultramar Diamond Shamrock6 |
100.0% |
|
Petro-Canada |
20.0% |
En 1996, Petro-Canada a modifié son capital-actions dans le but de permettre aux étrangers de détenir jusqu’à 50% de ses actions ordinaires. Puis, en 1998, Petro-Canada prévoyait créer une coentreprise avec l’américaine Ultramar Diamond Shamrock, dans laquelle le pourcentage des droits de vote aurait été réparti 51% pour Petro et 49% pour Ultramar. Dans cette nouvelle entreprise, Petro-Canada y aurait versé tous ses actifs et toutes ses opérations canadiennes du secteur du raffinage et de la commercialisation au détail de l’essence. Dans les faits, cela signifie que Petro-Canada aurait été rapidement contrôlé en bonne partie par des étrangers. Cette dernière tentative de fusion constituait une façon à peine déguisée de contourner la loi fédérale qui interdit à tout actionnaire individuel de détenir plus de 10% des actions dans Petro-Canada. Il s’agit simplement de vider la compagnie de ses principaux actifs ou divisions en les transférant dans des coentreprises détenues par des étrangers. Dans ces conditions, au fil des ans, Petro-Canada deviendrait surtout une compagnie de gestion ou une coquille vide.
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4 dernières années (1994 - 1997) |
||||||
|
(En millions de dollars) |
||||||
|
Impériale- Esso |
Shell Canada |
Ultramar |
Sous- Total |
Petro- Canada |
Total |
|
|
Investissements nets |
||||||
|
Investissements - dépenses en capital |
2313 |
1632 |
353 |
4298 |
3563 |
7861 |
|
Moins : désinvestissements-ventes d’actif à long terme7 |
1839 |
1076 |
- |
2915 |
591 |
3506 |
|
Moins : amortissements annuels |
2916 |
1470 |
146 |
4532 |
1607 |
6139 |
|
Solde net |
(2442) |
(914) |
207 |
(3149) |
1365 |
(1784) |
Au cours des quatre dernières années, les trois grandes pétrolières étrangères ont dégagé un solde net négatif de 3.1$ milliards en termes d’investissements, dont 2.4$ milliards pour l’Impériale-Esso et 914$ millions pour Shell Canada.
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Année 1997 |
||||||
|
(En millions de dollars) |
||||||
|
Impériale- Esso |
Shell Canada |
Ultramar |
Sous- total |
Petro- Canada |
Total |
|
|
Investissements nets |
||||||
|
Investissements - dépenses en capital |
639 |
520 |
125 |
1284 |
1049 |
2333 |
|
Moins : désinvestissements-ventes d’actif à long terme8 |
968 |
169 |
- |
1137 |
201 |
1338 |
|
Moins : amortissements annuels |
685 |
308 |
45 |
1038 |
482 |
1520 |
|
Solde net |
(1014) |
43 |
80 |
(891) |
366 |
(525) |
En 1997, les trois grandes pétrolières étrangères ont dégagé un solde net négatif de 891$ millions dont un milliard pour l’Impériale-Esso alors que Shell et Ultramar ont eu un léger solde positif de 43$ et de 80$ millions respectivement.
|
Diminution en 7 ans |
||||
|
1990 |
1997 |
Nombre |
% |
|
|
Impériale-Esso |
4300 |
2623 |
1677 |
39% |
|
Shell Canada |
3450 |
2053 |
1397 |
40% |
|
Petro-Canada |
3205 |
1780 |
1425 |
44% |
|
10955 |
6456 |
4499 |
41% |
|
En l’espace de seulement sept ans, ces trois pétrolières, tout en réalisant des hausses annuelles régulières de leur bénéfice net, ont fermé au moins 4500 stations service au Canada de 1990 à 1997, ce qui représente 41% de tous leurs points de vente qu’elles détenaient à la fin de 1990.
|
Diminution en 7 ans |
||||
|
1990 |
1997 |
Nombre |
% |
|
|
Impériale-Esso |
14702 |
7096 |
7606 |
52% |
|
Shell Canada |
7108 |
3593 |
3515 |
49% |
|
Petro-Canada |
9806 |
5749 |
4057 |
41% |
|
31616 |
16438 |
15178 |
48% |
|
Même si les profits de ces trois majeures ont augmenté à un rythme régulier au Canada depuis 1990, pour atteindre même des niveaux records en 1997, elles ont tant "rationalisé" leurs activités qu’elles ont licencié plus de 15000 de leurs travailleurs (48%) en l’espace de sept ans. Ces gros profits ont été canalisés principalement vers les actionnaires (dividendes et rachats d’actions) au détriment bien souvent des consommateurs et des régions (fermetures de stations service), des travailleurs (pertes d’emplois) et de l’investissement au Québec et au Canada.
|
|
Tel que signalé dans son rapport annuel 1997, la compagnie Pétrolière Impériale Ltée est le premier producteur de gaz naturel au pays. L’Impériale est aussi au premier rang pour ce qui est du raffinage et de la commercialisation de produits pétroliers, vendus principalement sous la marque Esso, par l’intermédiaire d’un réseau qui s’étend d’une extrémité à l’autre du pays. Elle est également un important fournisseur de produits pétrochimiques. Esso-Impériale est donc une entreprise entièrement intégrée dont les activités s’étendent de l’exploration, à la production, au raffinage et à la commercialisation de produits pétroliers. En résumé, l’Impériale exploite trois secteurs d’activités qui sont les ressources naturelles, les produits pétroliers et les produits chimiques. Le secteur "Ressources naturelles" comprend la prospection et la production de pétrole brut et de gaz naturel, le secteur "Produits pétroliers" englobe le raffinage du pétrole brut en produits pétroliers ainsi que la distribution et la commercialisation de ces produits et enfin le secteur "Produits chimiques" qui comprend la fabrication et la commercialisation de divers produits pétrochimiques et chimiques.
La compagnie Pétrolière Impériale Ltée est contrôlée, à hauteur de 69.6%, par la transnationale américaine Exxon Corporation. Depuis l’instauration d’un vaste programme de rachats d’actions, le pourcentage d’actions ordinaires détenues par des canadiens n’a cessé de décroître pour atteindre seulement 18% au 31 décembre 1997 alors qu’il était de 27% en 1992. Esso-Impériale, qui a son siège social à Toronto en Ontario, détenait 622 stations service au Québec en 1997, alors qu’il en possédait 750 en 1995, soit une baisse de 128 stations en deux ans. L’Impériale ne détient aucune raffinerie au Québec. Elle ne compte, tout comme en 1995 d’ailleurs, aucun francophone parmi la haute direction et nous retrouvons la présence d’un seul représentant du Québec à son conseil d’administration. Tout comme Shell Canada, les vérificateurs externes de la firme sont le cabinet international d’experts comptables Price Waterhouse.
3.2 Dividendes versés et rachats d’actions
Les données financières publiées par l’Impériale révèlent que son comportement est vraiment axé sur l’enrichissement de ses actionnaires et de sa compagnie-mère, la multinationale américaine Exxon Corporation, qui en tire des avantages financiers colossaux depuis au moins huit ans.
Disons d’entrée que l’Impériale a réalisé 3.4$ milliards de profits au cours des huit dernières années (1990-1997) et a distribué à ses actionnaires 6.1$ milliards à titre de dividendes (3.4$ milliards) et de rachats d’actions (2.7$ milliards). La société mère américaine Exxon Corporation a, quant à elle, rapatrié aux États-Unis 4.2$ milliards au cours des huit dernières années en dividendes et en rachats d’actions. Au cours des huit dernières années (1990-1997), c’est 179% du bénéfice net qui fut distribué aux actionnaires de la firme dont 143% à l’étranger (4.9$ milliards) incluant 125% à la compagnie mère Exxon (4.2$ milliards). L’effet direct de cette pratique est de provoquer l’affaiblissement de l’économie canadienne par un déplacement massif de capitaux vers l’étranger et d’appauvrir notre collectivité.
Nous pouvons affirmer que c’est en 1994 que la compagnie mère américaine Exxon Corporation a commencé à se servir de sa filiale canadienne l’Impériale comme d’une véritable poule aux oeufs d’or. En effet, en 1994 il y a eu d’abord un dividende vraiment extraordinaire de 930$ millions (4.80$ par action versus 1.80$ par action au cours des quatre années précédentes) puis en 1995 a commencé un vaste programme de rachats d’actions qui a fait que la filiale canadienne en a racheté pour 236$ millions en 1995, 1.777$ millions en 1996 et 694$ millions en 1997, pour un total de 2.702$ millions au cours des trois dernières années. Et le programme de rachats d’actions a été reconduit et se poursuivra durant les prochaines années.
En 1995, nous pouvions lire ce commentaire dans le rapport annuel de l’Impériale : "L’un des faits marquants de l’année aura été le lancement d’un programme de rachats d’actions le 19 juin 1995. Exxon Corporation participe à ce programme afin de maintenir sa part dans l’Impériale à 69.6%, mais elle se réserve le droit de cesser d’y participer à sa convenance. Le programme de rachats d’actions profite à tous les actionnaires. La réduction du nombre d’actions en circulation signifie que chaque action restante représente une part plus importante de l’actif, du bénéfice net et de l’encaisse de la compagnie".
Toute firme qui veut réellement assurer sa croissance à long terme, réinvestit une part significative de ses bénéfices annuels en immobilisations et comble ses besoins financiers en effectuant des emprunts à long terme et des émissions d’actions. L’Impériale Esso fait tout le contraire; elle verse la totalité de ses profits en dividendes, rachète massivement ses propres actions, rembourse ses emprunts à long terme et accuse un important désinvestissement net annuel, occasionné par des amortissements et des ventes d’actif à long terme supérieurs à ses nouveaux investissements.
Depuis l’entrée en vigueur de ce vaste programme de rachats d’actions en 1995, le nombre d’actions ordinaires en circulation est passé de 194 millions au début de 1995 à 149 millions à la fin de 1997, soit une baisse de 45 millions d’actions en circulation (23%) en l’espace de seulement deux ans et demi (juin 1995 à décembre 1997). Ce programme de rachats d’actions jumelé à de très forts dividendes a vraiment gonflé la valeur au marché de l’action de l’Impériale qui est passé de 49$ l’action à la fin de 1995 à 92$ à la fin de 1997, soit une hausse de 43$ l’action (88%) en deux ans.
Le nombre d’actionnaires inscrits au Canada qui était de 19903 en 1990 est rendu à seulement 16057 en 1997, une baisse de 3846 actionnaires canadiens. Le pourcentage d’actions ordinaires de l’Impériale du Canada détenues à l’étranger, qui était de 73.5% en 1992, est rendu à 81.9% en 1997, dont 69.6% détenu par la multinationale américaine Exxon Corporation comme nous l’avons mentionné précédemment.
Dans le rapport annuel 1996 de l’Impériale, nous pouvions lire ce commentaire : "Les gains réalisés par les actionnaires ont dépassé 34% quand on tient compte de la plus-value du titre et de la hausse du dividende régulier qui, annuellement, s’établit désormais à 2.20$ par action. Durant l’année, la compagnie a racheté 30 millions d’actions, redistribuant ainsi 1.8$ milliards à ses actionnaires". Puis, en 1997, nous pouvions lire ce qui suit dans le rapport annuel : "Les gains réalisés par les actionnaires pour l’exercice ont progressé de 47% en 1997, après avoir connu une hausse de 34% en 1996. Au cours de l’année, la compagnie a également redistribué près de 700$ millions aux actionnaires par suite du rachat de 9.6 millions d’actions".
Voici pour chacune des huit dernières années le pourcentage du bénéfice net qui fut versé aux actionnaires de l’Impériale à titre de dividendes et de rachats d’actions. Pour chacune de ces huit dernières années, le pourcentage du profit versé aux actionnaires a toujours été supérieur à 116%:
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Pourcentage du profit net versé |
|||
|
À l’ensemble des actionnaires |
Aux actionnaires étrangers |
À la société mère Exxon |
|
|
Année |
|||
|
1990 |
134% |
104% |
93% |
|
1991 |
214% |
160% |
149% |
|
1992 |
179% |
132% |
125% |
|
1993 |
125% |
94% |
87% |
|
1994 |
259% |
204% |
180% |
|
1995 |
116% |
95% |
80% |
|
1996 |
271% |
223% |
189% |
|
1997 |
122% |
100% |
85% |
|
Moyenne des huit dernières années |
179% |
143% |
125% |
Dans le rapport annuel 1997, monsieur R.B. Peterson, le président de l’entreprise signale ce qui suit: "En 1997, le bénéfice a augmenté pour la sixième année de suite, atteignant le chiffre record de 847$ millions, soit 5.50$ par action. Le rendement de l’avoir des actionnaires est passé à 18.9%, ce qui est le meilleur résultat depuis 1980". Et dans le rapport annuel 1996, le président de la firme disait ceci : "En 1996, le bénéfice a progressé pour la cinquième année de suite, atteignant le chiffre record de 786$ millions, soit 4.47$ par action". Chez Esso, il est enregistré des profits records année après année.
Voici l’évolution du bénéfice net de l’Impériale au cours des sept dernières années :
Bénéfice net
Année Total Par action
(En millions)
1991 162$ 0.84$
1992 195$ 1.01$
1993 279$ 1.44$
1994 359$ 1.85$
1995 514$ 2.67$
1996 786$ 4.47$
1997 847$ 5.50$
En six ans, soit de 1991 à 1997, le profit net a augmenté de 685$ millions ou de 423% et le bénéfice par action de 4.66$ ou de 555%. Au cours des trois dernières années seulement (1994-1997), le bénéfice net a augmenté de 488$ millions ou de 136% et le bénéfice par action de 3.65$ ou de 197%.
Quant au secteur des produits pétroliers, le bénéfice d’exploitation a doublé en 1997, passant de 146$ millions en 1996 à 297$ millions cette année.
Au cours des trois dernières années (1995-1997), le bénéfice net moyen fut de 716$ millions contre 278$ millions pour les trois exercices précédents (1992-1994), soit une augmentation moyenne triennale de 437$ millions, où de 157%. Comme nous sommes à même de le constater, les importants rachats d’actions, qui ont réduit le nombre d’actions ordinaires en circulation, conjugué à des hausses annuelles fulgurantes du bénéfice net de la compagnie ont eu pour conséquence de faire exploser le bénéfice par action qui est passé de 0.84$ en 1991 à 5.50$ en 1997. En poursuivant son programme de rachats d’actions, le bénéfice par action augmentera au fil des ans à un rythme beaucoup plus rapide que le profit net total.
Les biens-fonds et installations de l’Impériale Esso qui totalisaient 11.4$ milliards à la fin de 1990 en sont rendus en 1997 à seulement 7.2$ milliards, une baisse de 4.2$ milliards en sept ans ou de 37%. À chacun des sept derniers exercices annuels, le total des immobilisations a diminué. Au cours des huit dernières années (1990-1997), les dépenses en capital ont totalisé 4.6$ milliards contre des ventes d’actif à long terme de 3.6$ milliards et des amortissements annuels totaux de 6.4$ milliards, pour un solde net négatif de 5.4$ milliards des amortissements et des désinvestissements sur les investissements à long terme. En 1997 seulement, il y a eu des investissements en immobilisations de 639$ millions contre 968$ millions d’aliénations d’actifs à long terme et de 685$ millions d’amortissement des immobilisations pour un solde net négatif d’un milliard de dollars. Les nouveaux investissements des huit dernières années de 4.6$ milliards n’ont même pas été suffisants pour compenser les dotations à l’amortissement de 6.4$ milliards pour cette même période de temps.
Nous le voyons bien, en versant des dividendes énormes et en procédant à des rachats d’actions massifs, l’actif à long terme de l’Impériale investi au Canada se réduit lourdement au fil des ans. La maximisation à court terme du bien-être de ses actionnaires locaux et surtout étrangers l’emporte haut la main sur la maximisation à long terme de l’investissement effectué ici même au Canada et dont pourrait profiter la société toute entière. Les faits objectifs parlent d’eux-mêmes.
3.5 Encaisse et dette à long terme
Au 31 décembre 1997, l’encaisse de l’Impériale Esso se chiffrait à 770$ millions après avoir atteint un solde sans précédent de 1.8$ milliards en 1995, qui en faisait, il faut bien l’admettre, une firme avec des liquidités très élevées.
Nous pouvons d’ailleurs nous attendre à d’autres copieux rachats d’actions au cours des prochaines années. La dette à long terme de la firme qui était de 2.6$ milliards au 31 décembre 1990 affiche un solde de 1.5$ milliards en 1997, soit une baisse de 1.1$ milliards. À chacune des années financières depuis 1990, la dette à long terme de l’Impériale a affiché une diminution régulière. Que ce soit en analysant l’évolution des immobilisations, de l’avoir des actionnaires, de la dette à long terme, etc., tous ces postes sans exception diminuent au fil des ans, signe que les profits loin d’être réinvestis massivement dans l’entreprise sont majoritairement sortis de l’entreprise et du pays par voie de forts dividendes et rachats d’actions, surtout versés à la compagnie-mère Exxon Corporation.
Hausses importantes des ventes, des bénéfices, des flux monétaires générés par l’exploitation et des dividendes conjugués à une baisse de l’emploi, qui représentent une rigidité à l’explosion des profits, constituent le lot de l’Impériale Esso qui, dans les faits, mise sur un contexte économique oligopolistique qui caractérise le secteur pétrolier au Canada et au Québec.
Alors que le profit net de l’Impériale n’a cessé d’augmenter au cours des six dernières années pour atteindre même des chiffres records au cours des deux dernières années, soit 786$ millions en 1996 et 847$ millions en 1997, le nombre d’employés a suivi une trajectoire inversement proportionnelle au bénéfice net passant de 14702 en 1990 à seulement 7096 en 1997, soit une baisse de 48% au cours des sept dernières années.
Il est bon de mettre en parallèle les chiffres de bénéfice et de l’emploi depuis 1990 :
|
Bénéfice net |
Employés |
|||||
|
Variation |
Variation |
|||||
|
Année |
En millions |
en millions |
Pourcentage |
nombre |
Nombre |
Pourcentage |
|
1990 |
256$ |
- |
- |
14702 |
- |
- |
|
1991 |
162$ |
(94)$ |
(37%) |
11936 |
(2766) |
(19%) |
|
1992 |
195$ |
33$ |
20% |
10152 |
(1784) |
(15%) |
|
1993 |
279$ |
84$ |
43% |
9470 |
(682) |
(7%) |
|
1994 |
359$ |
80$ |
29% |
8252 |
(1218) |
(13%) |
|
1995 |
514$ |
155$ |
43% |
7821 |
(431) |
(5%) |
|
1996 |
786$ |
272$ |
53% |
7483 |
(338) |
(4%) |
|
1997 |
847$ |
61$ |
8% |
7096 |
(387) |
(5%) |
Il est bon de constater que le nombre d’employés a diminué à chacune des sept dernières années alors que le profit net a augmenté considérablement à chacune des six dernières années. Nous le voyons bien, les dividendes et les rachats d’actions aux actionnaires constituent des éléments incompressibles, inéluctables, incontournables, fixes, etc. alors que l’emploi, les salaires, les impôts représentent des charges compressibles, variables et discrétionnaires.
En 1990, l’Impériale comptait au Canada 14702 stations service par rapport à 7096 à la fin de 1997, accusant une baisse de 7606 points de vente en l’espace de sept ans seulement, soit 52%. Le nombre de stations a diminué à chacune des sept dernières années comme en fait foi le tableau suivant :
|
Diminution annuelle |
||||
|
Année |
Nombre de stations |
Nombre |
Pourcentage |
|
|
1990 |
14702 |
- |
- |
|
|
1991 |
11936 |
2766 |
19% |
|
|
1992 |
10152 |
1784 |
15% |
|
|
1993 |
9470 |
682 |
7% |
|
|
1994 |
8252 |
1218 |
13% |
|
|
1995 |
7821 |
431 |
5% |
|
|
1996 |
7483 |
338 |
4% |
|
|
1997 |
7096 |
387 |
5% |
|
Comme dans l’industrie bancaire, qui oeuvre dans un secteur au nombre de concurrents très restreints, les profits augmentent continuellement et les points de vente aux consommateurs diminuent de façon régulière. Le Québec n’échappe pas à cette stratégie de rationalisation, dont écope bien souvent les régions, puisqu’en 1995, Esso comptait 750 stations alors qu’il n’en restait que 622 à la fin de 1997.
Le 19 juin 1995, l’Impériale a lancé un vaste programme de rachats d’actions. Au cours des deux dernières années et demie, elle a racheté 45 millions actions en circulation pour un coût total de 2.7$ milliards comme le démontre le tableau qui suit:
|
Année |
Actions rachetées |
En millions de dollars |
|
1995 |
4 830 910 |
236 |
|
1996 |
30 047 323 |
1772 |
|
1997 |
9 634 876 |
694 |
|
44 513 109 |
2702 |
Le nombre d’actions en circulation qui était de 194 millions au 31 décembre 1994 est ainsi passé à 149 millions à la fin de 1997, soit une baisse de 45 millions actions ou 23% en l’espace de 30 mois seulement. Les actionnaires inscrits au Canada qui étaient de 19903 en 1990 sont rendus à 16057 en 1997, une diminution de 3846 actionnaires canadiens ou 19%. Le pourcentage d’actions détenues par des canadiens qui était de 26.5% en 1992 est rendu à 18.1% en 1997, alors que la part détenue par la multinationale américaine Exxon dans l’Impériale du Canada s’est maintenue à 69.6% depuis 1990.
Les bénéfices nets augmentant à tous les ans depuis 1991, appartenant à un nombre sans cesse réduit d’actionnaires ont fait exploser le bénéfice par action qui est passé de 1.85$ en 1994 (année précédant le lancement de ce vaste et inqualifiable programme de rachats d’actions) à 5.50$ en 1997, pour une hausse de 3.65$ l’action ou 197% en trois ans. De même, il en a résulté une explosion de la valeur au marché de l’action qui est passé de 49$ au 31 décembre 1995 à 92$ au 31 décembre 1997, une augmentation de 43$ ou 88% en deux ans seulement. Vraiment avantageux pour les actionnaires en général et pour la compagnie-mère Exxon en particulier.
L’IMPÉRIALE ESSO : RÉSULTATS FINANCIERS ANNUELS
|
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
Total |
|
|
|
(En millions de dollars canadiens) |
||||||||
|
Bénéfices et flux générés par l’exploitation |
|||||||||
|
Revenus bruts totaux |
11231 |
9440 |
8972 |
8754 |
8892 |
9428 |
10377 |
10669 |
77763 |
|
Revenus bruts - produits pétroliers |
9864 |
8169 |
7666 |
7376 |
7572 |
7899 |
8798 |
8778 |
66122 |
|
Bénéfice (perte) d’exploitation - produits pétroliers |
(42) |
123 |
94 |
238 |
212 |
186 |
146 |
297 |
1254 |
|
Bénéfice net |
256 |
162 |
195 |
279 |
359 |
514 |
786 |
847 |
3398 |
|
Bénéfice net par action (en dollars) |
1.34 |
0.84 |
1.01 |
1.44 |
1.85 |
2.67 |
4.47 |
5.50 |
|
|
Flux monétaires générés par l’exploitation |
1034 |
1180 |
1436 |
1438 |
783 |
1642 |
1736 |
987 |
10236 |
|
Dividendes et rachats d’actions |
|||||||||
|
Dividendes par action (en dollars) |
1.80 |
1.80 |
1.80 |
1.80 |
4.80 |
1.90 |
2.05 |
2.20 |
|
|
Dividendes totaux |
342 |
347 |
349 |
349 |
930 |
358 |
361 |
343 |
3379 |
|
Rachats d’actions ordinaires |
- |
- |
- |
- |
- |
236 |
1772 |
694 |
2702 |
|
Dividendes et rachats d’actions |
342 |
347 |
349 |
349 |
930 |
594 |
2133 |
1037 |
6081 |
|
Pourcentage du bénéfice net versé en dividendes |
134% |
214% |
179% |
125% |
259% |
70% |
46% |
40% |
99% |
|
Pourcentage du bénéfice net versé en dividendes et rachats d’actions |
134% |
214% |
179% |
125% |
259% |
116% |
271% |
122% |
179% |
|
Pourcentage d’actions détenues à l’étranger, dont 69.6% par Exxon Corporation |
77.4% |
74.7% |
73.5% |
75.5% |
78.8% |
81.8% |
82.3% |
81.9% |
|
|
Dividendes et rachats d’actions : |
|||||||||
|
Montants totaux versés à l’étranger |
265 |
259 |
257 |
263 |
733 |
486 |
1755 |
849 |
4867 |
|
Montants versés à la société-mère américaine Exxon Corporation (69.6%) |
238 |
242 |
243 |
243 |
647 |
413 |
1485 |
722 |
4233 |
|
Pourcentage du bénéfice net versé à l’étranger (dividendes et rachats d’actions) |
104% |
160% |
132% |
94% |
204% |
95% |
223% |
100% |
143% |
|
|
|||||||||
|
Pourcentage du bénéfice net versé à Exxon (dividendes et rachats d’actions) |
93% |
149% |
125% |
87% |
180% |
80% |
189% |
85% |
125% |
L’IMPÉRIALE ESSO : RÉSULTATS FINANCIERS ANNUELS
|
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
TOTAL |
|
|
(En millions de dollars canadiens) |
|||||||||
|
Postes du bilan |
|||||||||
|
Encaisse et titres négociables |
2 |
293 |
1022 |
1479 |
1268 |
1842 |
582 |
770 |
|
|
Biens-fonds et installations |
11378 |
10760 |
9965 |
9389 |
8538 |
8170 |
7814 |
7172 |
|
|
Dette à long terme |
2563 |
2356 |
2222 |
2030 |
1977 |
1971 |
1542 |
1506 |
|
|
Avoir des actionnaires |
6865 |
6790 |
6636 |
6566 |
5995 |
5908 |
4567 |
4383 |
|
|
Ratios et statistiques |
|||||||||
|
Nombre d’employés |
14702 |
11936 |
10152 |
9470 |
8252 |
7821 |
7483 |
7096 |
|
|
Stations service Esso |
4300 |
4000 |
3700 |
3430 |
3220 |
2898 |
2734 |
2623 |
|
|
Stations Esso exploitées par des détaillants propriétaires |
|
1600 |
|||||||
|
Actionnaires inscrits |
22908 |
22468 |
22010 |
21388 |
20778 |
20181 |
19095 |
18459 |
|
|
Actionnaires inscrits au Canada |
19903 |
19648 |
19290 |
18805 |
18253 |
17505 |
16627 |
16057 |
|
|
Cours de l’action à la clôture |
59 |
40 |
41 |
45 |
46 |
49 |
65 |
92 |
|
|
Rendement de l’avoir des actionnaires |
3.7% |
2.4% |
2.9% |
4.2% |
5.7% |
8.6% |
14.9% |
18.9% |
|
|
Investissements nets |
|||||||||
|
Dépenses en capital (investissements) |
678 |
574 |
467 |
538 |
540 |
570 |
564 |
639 |
4570 |
|
Ventes d’actifs à long terme (désinvestissements) |
1003 |
410 |
245 |
122 |
559 |
135 |
177 |
968 |
(3619) |
|
Amortissements annuels |
884 |
833 |
894 |
834 |
773 |
755 |
703 |
685 |
(6361) |
|
Écart entre investissements et désinvestissements - amortissements |
(1209) |
(669) |
(672) |
(418) |
(792) |
(320) |
(316) |
(1014) |
(5410) |
|
Dépenses en capital - produits pétroliers |
192 |
152 |
109 |
153 |
226 |
209 |
171 |
168 |
1380 |
Shell est une des plus grandes sociétés pétrolières intégrées au Canada. Elle est engagée dans la découverte et la mise en valeur d’hydrocarbures. Son secteur des "Ressources" produit du pétrole brut, du gaz naturel, des liquides extraits de gaz naturel, du bitume et du souffre. Son secteur "Produits Pétroliers" fabrique, distribue et met en marché des produits pétroliers raffinés d’un bout à l’autre du pays. Elle possède une raffinerie dans l’est de Montréal et exploite 2053 stations service au pays dont environ 27% sont situées au Québec, soit 564. C’est au Québec que Shell détient le plus grand nombre de stations service. Au Québec, elle détenait 754 stations service en 1995.
Au cours des deux dernières années Shell Canada a vendu deux importants secteurs d’activités à des sociétés apparentées. En effet, au 31 décembre 1996, la compagnie a vendu son secteur des "Produits chimiques" à Shell Chimie et en 1995 elle a cédé son secteur du polypropylène à une société qui appartient à 50% à une société qui lui est apparentée réalisant ainsi des gains extraordinaires nets après impôts de 226$ millions et de 95$ millions respectivement. Ces ventes ont été réalisées à la valeur d’échange.
78% des actions ordinaires votantes de Shell Canada sont détenues par Shell Investment Limited, société canadienne, filiale en propriété exclusive de Shell Petroleum N.V. des Pays-Bas, laquelle appartient à 40% à Shell Transport and Trading Company, une société anglaise, et à 60% à Royal Dutch Petroleum Company, une société néerlandaise. Les 22% des actions ordinaires restantes sont détenues par le public et sont transigées sur les marchés boursiers de Montréal, Toronto et Vancouver.
Le siège social de la compagnie est situé à Calgary. En 1997, tout comme en 1995 d’ailleurs, un seul des membres du conseil d’administration était québécois, alors qu’aucun francophone ne fait partie de la haute direction de la firme qui est localisée à Calgary.
4.2 Dividendes versés et rachats d’actions
Au cours des huit dernières années, soit de 1990 à 1997 inclusivement, Shell Canada a versé 92% de ses profits nets réalisés au Canada à ses actionnaires, principalement étrangers à au moins 78%, sous forme de dividendes pour un montant de un milliard de dollars et à titre de rachats d’actions pour un autre milliard de dollars. En effet, pour les huit dernières années, Shell a réalisé des bénéfices nets de 2.2$ milliards et a distribué à ses actionnaires 2.1$ milliards sous forme de dividendes et de rachats d’actions dont 1.6$ milliard s’en sont allés en Europe à la compagnie mère détenue par une firme anglaise et l’autre néerlandaise. Le cas de la compagnie Shell est un cas typique de la multinationale qui verse la majorité de ses profits réalisés ici à ses actionnaires étrangers. Verser 92% de ses bénéfices à ses actionnaires à titre de dividendes et de rachats d’actions est excessif.
Dans les faits, il n’y a pas de meilleur moyen pour un pays de s’appauvrir à plusieurs points de vue lorsque l’argent réalisé ici sort massivement du pays. En 1997, c’est 226% du bénéfice net qui a été distribué aux actionnaires. Au cours des trois dernières années, la compagnie Shell Canada a doublé son dividende par action, lui qui est passé de 0.33$ en 1994 à 0.66$ en 1997.
Dans son rapport annuel 1997, le président de la société affirme ce qui suit : "Je suis heureux d’annoncer que l’année 1997 a été exceptionnelle pour Shell Canada. La Société affiche un bénéfice d’exploitation record de 523$ millions". Pour le secteur des "produits pétroliers", nous pouvons lire que "Les Produits pétroliers affichent un bénéfice record de 252$ millions pour 1997, comparativement à 75$ millions pour 1996". Toutefois, il est important de signaler que le bénéfice de 75$ millions réalisé en 1996 par le secteur des "produits pétroliers" inclut une dépense inhabituelle de 50$ millions attribuable à l’intégration du réseau de marque des entreprises de distrbution en propriété exclusive de Shell.
Au cours des trois dernières années (1995 à 1997), Shell a généré 1.6$ milliards de profits nets contre seulement 415$ millions pour les trois dernières années antérieures (1992 à 1994), soit une augmentation de 1.2$ milliard ou de 295%. Quant au secteur des "produits pétroliers", il a réalisé 502$ millions en profit d’exploitation pour les trois dernières années (1995 à 1997) contre 159$ millions pour les trois exercices précédents (1992 à 1994), soit une hausse de 343$ millions ou de 216%, même si nous tenons compte de la dépense inhabituelle de 50$ millions imputée à l’exercice financier 1996.
Depuis les trois dernières années, Shell Canada réalise des profits records comme bon nombre de multinationales étrangères installées au Canada en général et au Québec en particulier. La concentration de l’industrie pétrolière au pays et au Québec, où les quatre grandes multinationales contrôlent près de 75% de la vente d’essence au détail au Québec commence à faire son oeuvre. Comme nous l’avons signalé précédemment, sur des profits nets cumulatifs de 2.2$ milliards réalisés au cours des huit dernières années (1990 à 1997), 2.1$ milliards (92% des profits) furent distribués aux actionnaires de la firme, dont 1.6$ milliard aux actionnaires majoritaires étrangers. Cela signifie qu’un maigre 8% des bénéfices totaux générés durant les huit dernières années fut réinvesti dans l’entreprise.
En 1997, l’exploitation de la compagnie a généré 983$ millions de flux monétaires, soit le deuxième plus haut total des huit dernières années après les 994$ millions tirés de l’exploitation en 1994. Le bénéfice net moyen par action a été de 1.67$ durant les trois dernières années (1995 à 1997) contre 0.41$ par action pour les trois exercices précédents (1992 à 1994), soit une augmentation significative de 307%. Enfin, le taux de rendement après impôts de l’avoir des actionnaires a été de 16.0%, 16.3% et de 14.8% au cours des exercices 1995, 1996 et 1997 pour un taux de rendement moyen d’environ 15.7% pour les trois dernières années, alors qu’il avait été de 2.6%, 0.6% et de 10.7% pour les exercices 1992, 1993 et 1994, soit un taux de rendement moyen d’environ 4.6%.
Les biens fonds, installations et matériel de Shell Canada, qui totalisaient 4.0$ milliards en 1990 et 4.4$ milliards en 1993, ont chuté à 3.7$ milliards en 1997. Le désinvestissement de la firme dans certains secteurs d’activités et le manque de réinvestissement dans d’autres secteurs, caractérisé par les montants excessifs versés aux actionnaires, sont responsables de cette situation. Lorsqu’une entreprise consacre près de 1$ milliard en rachats d’actions comme l’a fait Shell Canada en 1997, elle adopte une attitude incompatible avec le principe de réinvestir massivement ses profits dans de nouveaux investissements productifs afin de soutenir et de contrer la concurrence que pourrait lui livrer d’autres pétrolières majeures. Cela est sans compter les 1.1$ milliard versés en dividendes au cours des huit dernières années.
Au cours des huit dernières années (1990-1997), les investissements ont excédé de seulement 18$ millions les désinvestissements et les amortissements. Nous pouvons constater que depuis 1994, les amortissements et les ventes d’actif à long terme ont largement excédé les dépenses en capital pour un montant de 914$ millions (1994-1997). Cela signifie que Shell manque à renouveler ses actifs à long terme ici au Canada. Ses états financiers démontrent qu’elle choisit de rapatrier ses profits vers ses actionnaires étrangers plutôt que de les réinvestir dans le marché où ils sont faits, ici même au Canada.
4.5 Encaisse et dette à long terme
Même après avoir versé 206$ millions en dividendes et racheté pour 976$ millions d’actions ordinaires en 1997, Shell Canada disposait de 619$ millions d’encaisse au 31 décembre 1997, contre 1.2$ milliards au 31 décembre 1996. Les emprunts à long terme qui totalisaient 1.3$ milliard au 31 décembre 1992 se chiffraient à seulement 740$ millions au 31 décembre 1997, soit une baisse de 600$ millions. Habituellement, une firme qui veut vraiment prendre de la croissance accroît ses immobilisations massivement en les finançant par voie d’emprunts à long terme et par émissions d’actions. Shell, quant à elle, fait tout le contraire; ses immobilisations diminuent, elle rachète ses propres actions, verse d’importants dividendes, rembourse ses emprunts à long terme et se retrouve quand même avec un gros solde d’encaisse.
À tous les ans, le nombre d’employés canadiens de Shell diminue drastiquement, ayant passé de 7108 en 1990 à 3593 en 1997 soit une baisse de 3515 ou de 50%. Même si les profits augmentent régulièrement, le nombre d’employés, quant à lui, diminue radicalement, déjouant encore une fois certaines théories économiques caduques qui postulent, entre autres, que les augmentations soutenues des profits gé