
FIXATION ANNUELLE D'UN MONTANT AU TITRE DES COÛTS
D'EXPLOITATION QUE DOIT SUPPORTER UN DÉTAILLANT
EN ESSENCE OU EN CARBURANT
DIESEL
MÉMOIRE
DE
INDÉPENDANTS DU PÉTROLE
Table des matières
1. Introduction........................................................................................................................................... 1
2. Commentaires relatifs à la décision D-99-133........................................................................................ 2
2.1. Le nombre
de postes d’essence par habitant au Québec est inférieur à celui des États-Unis............... 2
2.2. Le litrage
par poste d’essence établi par la Régie ne reflète pas la réalité du marché........................... 3
2.3. Tous les
coûts doivent être comptabilisés dans les coûts d’exploitation.............................................. 9
2.3.1. Les
frais généraux devraient être comptabilisés......................................................................... 9
2.3.2. Les
frais de financement devraient être comptabilisés.............................................................. 11
2.3.3. Les coûts
de décontamination doivent être comptabilisés........................................................ 11
2.4. Des zones
doivent être établies....................................................................................................... 12
2.5. L’inclusion..................................................................................................................................... 13
2.6. On ne peut
pas pénétrer facilement le marché de la vente au détail d’essence et de
carburant diesel. 13
2.7. L’excès de
concentration du marché sera coûteux pour les consommateurs québécois..................... 14
2.8. Données de
la Régie de l’énergie.................................................................................................... 15
3. Il faut au moins indexer le montant des coûts d’exploitation................................................................... 16
4. Conclusion.......................................................................................................................................... 17
Régie de l’énergie
Mémoire 2000
L’AQUIP ne partage pas certaines des conclusions de fait et de droit
auxquelles la Régie est parvenue dans
L’AQUIP, tel qu’elle l’a annoncé dans sa lettre du 9 février 2000,
considère que la structure des coûts d’exploitation n’a pas subi de changement
significatif depuis le prononcé de
Dans ces circonstances, l’AQUIP ne demande donc pas à la Régie de
réviser le montant de base de 3 cents par litre, sous réserve de son indexation, fixé au titre des coûts
d’exploitation quoique, à son avis, ce montant sous-estime ces coûts. L’AQUIP ne demande donc pas non plus dans le
cadre de la présente audience, de définir des zones, quoiqu’elle soit d’avis
que la constitution de ces zones soit la seule façon de faire coïncider la
fixation des coûts d’exploitation et la
réalité du marché. Enfin, l’AQUIP ne
demande pas, dans le cadre de la présente audience, l’inclusion des coûts
d’exploitation dans le prix minimum en deçà duquel il est illégal de vendre au
détail de l’essence et du carburant diesel quoique, à son avis, il s’agit d'une mesure qui donnerait au marché un véritable
renouveau concurrentiel.
Le présent mémoire vise, en premier lieu, à émettre certains
commentaires à l’égard de
Le second volet du mémoire vise l’indexation du montant de 3 cents par
litre fixé au titre des coûts d’exploitation que la Régie se propose de
proroger. Dans la mesure où la Régie a estimé que les coûts d’exploitation étaient
de 3 cents par litre, la logique impose que ce montant soit indexé,
conformément à l’index des prix à la consommation du Québec, pour qu’au moins
il reflète une valeur économique constante.
Dans sa décision D-99-133, la Régie a peint une toile de fond du marché de la vente au détail d’essence[1]. Le nombre de postes d’essence a constitué un élément important du portrait du marché qui a été dessiné. La Régie fait état, à la page 24 de la décision, de la tendance décroissante du nombre d’essenceries au Québec entre 1981 et 1997. Cette constatation a mené la Régie à émettre l’opinion « que la faible productivité du parc québécois d’essencerie, en terme de volume moyen annuel, devrait faire en sorte que les efforts de rationalisation se poursuivent » [2]. Compte tenu de l’importance de cette constatation pour l’ensemble des conclusions contenues dans la décision de la Régie, il importe d’étudier le phénomène du nombre de postes d’essence au Québec avec attention.
Au cours de l’audience ayant mené à
D’autre part, le Bureau de recensement des États-Unis nous fournit des données précises sur le nombre de citoyens composant la population américaine. Il est ainsi aisé de connaître combien on dénombre de citoyens par poste d’essence. Pour obtenir cette donnée objective, il faut diviser le nombre de citoyens américains (273 millions)[4] par le nombre de postes d’essence en 1999. Le résultat de cette opération nous indique que l’on compte 1 510 citoyens par poste d’essence chez nos voisins du sud.
Si on effectue le même exercice pour le Québec, il faut diviser le nombre de citoyens (7,3 millions)[5] par 4643 postes d’essence[6]. On réalise ainsi que le Québec dessert plus de citoyens par poste d’essence puisqu’on compte 1586 citoyens pour chaque poste d’essence.
Ainsi, au Québec, pour desservir 100 000 habitants, nous disposons de 63 postes d’essence contre 66 aux États-Unis. Pour un nombre d’habitants comparable, il y a donc moins de postes d’essence au Québec que chez nos voisins du sud. Cela établit que, pour desservir leurs marchés, les États-Unis disposent de plus de postes d’essence par milliers d’habitants que le Québec. Dans ce contexte, on ne peut manifestement pas soutenir qu’il y a trop de poste d’essence au Québec. Cela est d’autant plus vrai que les États-Unis, dans un marché très compétitif, maintiennent plus de poste par habitant que le Québec, en dépit d’une densité de population cinq fois supérieure à celle du Québec.
En fait, dès que l’on considère le service d’alimentation en carburant sur chaque territoire étudié, on réalise qu’il y a moins de postes d’essence au Québec qu’aux États-Unis pour desservir l’ensemble de la population de chacun des territoires. Dans ces conditions, la mesure de la population par poste d’essence constitue la plus juste donnée pour établir, à cet égard, des comparaisons entre les États-Unis et le Québec.
Le passage de
La Régie soutient, à la page 43 de sa décision D-99-133 du 29 juillet 1999, que « L’Ontario, première au pays avec ses 3,5 ML/an, démontre que le volume de référence est réaliste et réalisable ». Or le volume de l’Ontario n’est pas de 3,5 millions de litres par poste d’essence, mais plutôt de 3 millions de litres d’essence et de carburant diesel [8], [9]. Pour arriver à la moyenne de 3,5 millions de litres qu’utilise la Régie, il faut éliminer des statistiques les données des municipalités ontariennes de 10 000 habitants et moins. La Régie a en effet basé sa référence sur la moyenne des litres vendus en Ontario pour les municipalités de 10 000 habitants et plus telles que colligées par Kent Marketing. En éliminant les plus petites localités ontariennes, on met de côté une partie importante du marché pour privilégier les secteurs à plus fortes densités.
Il s’agit d’une option d’autant plus discutable que les
données sur les États-Unis ne correspondent pas au choix de
Tableau 1
|
Statistiques démographiques et
les postes d'essence au Canada |
|||||||||
|
Provinces |
Population 1 999 |
Superficie km2[10] |
Densité 1 999 |
Nombre de postes |
Ventes au détail 1998 |
Volume moyen par poste |
Consommation par habitant |
||
|
essence |
diesel |
total |
|||||||
|
Québec |
7 363 300 |
1 357 812 |
5,4 |
4 643 |
7 237 300 000 |
857 500 000 |
8 094 800 000 |
1 743 442 |
1 099 |
|
Ontario |
11 560 900 |
916 734 |
12,6 |
4 559 |
12 598 500 000 |
1 197 800 000 |
13 796 300 000 |
3 026 168 |
1 193 |
Sources: Statistique Canada (population et superficie)
Statistique
Canada, Bulletin trimestriel -
disponibilité et écoulement d'énergie au Canada, Catalogue No. 57-003-XPB
Nombre
de postes: Québec (Ministère des Ressources naturelles du Québec), Ontario (
Barry Bower Ontario Ministry of Energy, Science and Technology).
Comme le tableau 1 le démontre, il ne faut pas perdre de
vue que la consommation d'essence et de diesel par habitant dans les postes
d'essence en Ontario est de 8,6% plus élevée que celle du Québec. Les habitudes de consommation étant
inférieures au Québec, on devrait réduire d'autant l'objectif à atteindre pour
les postes d'essence québécois. Il faut
minimalement tenir compte de cette réalité pour comparer correctement le marché
québécois à celui de l'Ontario. Ainsi,
si la Régie persistait à ne fixer qu'une seule norme de litrage pour l'ensemble
du Québec, elle ne pourrait la fixer à plus de 2,788 millions de litres soit
l'équivalent de la réalité ontarienne, ajustée en fonction de la consommation
par citoyen, inférieure au Québec. En
vertu de cette réalité, la norme de 3,5 millions de litres par poste d'essence
que la Régie a choisi d'établir aurait dû être fixée à 2,788 millions de litres
au maximum, si l’on retient le raisonnement même de
Au surplus, fixer de tels standards à atteindre serait oublier que la densité de population québécoise est inférieure à la densité ontarienne, soit respectivement 5,4 et 12,6 habitants par kilomètre carré. De plus, lors du dernier recensement de Statistique Canada, plus de 85,2% de la population de l'Ontario résidait dans des régions métropolitaines et des agglomérations de recensement alors que seulement 77,6% y habitait au Québec[11]. Dans de telles circonstances, on ne peut logiquement exiger des litrages identiques à ceux de l'Ontario.
Plutôt que de comparer quantitativement les postes d’essence en regard de la population visée, on a trop tendance à ne comparer que les volumes par postes d’essence et en conclure qu’il y a trop de postes d’essence au Québec; cette méthode est trompeuse. Plusieurs phénomènes peuvent d’ailleurs expliquer les variations du litrage moyen par poste d’essence pour différents territoires.
Le litrage supérieur des postes d’essence aux États-Unis s’explique notamment par le fait que les Américains ont une consommation estimée moyenne par citoyen de 64% plus élevée que celle du Québec. Il n'est pas rare que les citoyens qui travaillent dans les mégapoles américaines sans y demeurer parcourent de très grandes distances par jour pour se rendre au travail, en plus d'affronter davantage des bouchons de circulation, puisque, comme nous le verrons plus loin, 80%[12] de la population des États-Unis habite une région métropolitaine contre 66%[13],[14] pour le Québec. Ce facteur entraîne évidemment une augmentation significative de la consommation moyenne d’essence par citoyen et peut expliquer en partie l’écart entre la consommation moyenne d’essence par citoyen au Québec en comparaison avec celle des États-Unis.
Tableau 2
|
|
Population
(juillet 1999) |
Ventes au
détail[17] |
Consommation/
habitant |
Nombre de
postes d'essence (1999) |
Litrage
moyen par postes d'essence |
|||
|
Essence
(1998) |
Diesel
(1998) |
Total (1998) |
||||||
|
Québec |
7 363 300 |
7 811 706 000 |
7 237 300 000 |
857 500 000 |
8 094 800 000 |
1 099 |
4 643 |
1 743 442 |
|
Canada |
30 468 500 |
35 203 039 000 |
33 218 200 000 |
3 523 200 000 |
36 741 400 000 |
1 206 |
16 161 |
2 273 461 |
|
États-Unis |
272 690 813 |
472 016 895 379 |
445 403 353 787 |
47 240 521 644 |
492 643 875 430 |
1 807 |
180 567 |
2 728 316 |
Italique: Données estimées.
Données sur le Canada excluent les Territoires du Nord
Ouest et le Yukon.
Le fait qu’il y ait plus de véhicules par personne aux États-Unis qu’au Québec et que le kilométrage par habitant soit supérieur à celui du Québec constitue autant d'éléments additionnels qui expliquent les litrages supérieurs des postes d’essence de nos voisins du sud.
Tableau
3
|
|
Population |
Nombre de Véhicules |
Nombre de permis de conduire 199818, [20] |
Nombre de Kilomètres Parcourue 1998 (millions de km)[21],[22] |
Véhicules/ Habitant |
Permis de conduire/ habitant |
Kilomètres parcourus/ habitant |
|
Québec |
7 363 300 |
*3 981 203 |
4 402 692 |
80 700 |
0,54 |
0,60 |
10 960 |
|
États-Unis |
272 690 813 |
215 496 003 |